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Nachrichten.fr · May 16, 2026

49,5 millions de dollars après le crash de Boeing – le jugement dans l’affaire ET302 envoie un nouveau signal

Sept ans après le crash du vol ET302 d’Ethiopian Airlines, la catastrophe résonne encore dans les salles d’audience, les conseils d’administration et les autorités de contrôle de l’industrie aéronautique. Un tribunal fédéral de Chicago a désormais condamné Boeing à verser 49,5 millions de dollars à la famille d’une des 157 victimes. Le jugement figure parmi les plus importantes indemnités jamais accordées dans une seule affaire de crash aérien.

Au centre se trouve Samya Stumo, une jeune Américaine de Sheffield, dans l’État du Massachusetts. Elle se trouvait, le 10 mars 2019, à bord du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, qui s’est écrasé quelques minutes seulement après son décollage d’Addis-Abeba. Aucun passager n’a survécu.

L’affaire est rapidement devenue un symbole d’une crise mondiale de l’industrie aérienne.

Quelques mois plus tôt, un appareil du même type s’était déjà écrasé en Indonésie — le vol JT610 de Lion Air. Là aussi, toutes les personnes à bord ont péri. Les parallèles ont rapidement alerté les enquêteurs. Les deux appareils appartenaient à la nouvelle gamme Boeing 737 MAX, présentée alors comme l’avenir technologique du court-courrier.

Les enquêtes ont finalement mis en cause le système MCAS. Ce logiciel était censé compenser automatiquement certaines caractéristiques aérodynamiques de l’appareil. Mais c’est précisément ce système qui a déclenché des commandes de pilotage erronées dans les deux cas. Les avions ont enfoncé leur nez à plusieurs reprises — les pilotes se sont battus en vain contre la machinerie.

Un cauchemar fait d’erreurs de capteurs, de logique logicielle et de manque de transparence.

Le jury du United States District Court for the Northern District of Illinois a accordé à la famille de Samya Stumo un total de 49,5 millions de dollars de dommages-intérêts. Le juge-président était Jorge L. Alonso. Aux yeux du tribunal, l’accusation selon laquelle Boeing n’aurait pas suffisamment communiqué les risques liés au système MCAS aux compagnies aériennes et aux pilotes a semblé particulièrement lourde de conséquences.

Ce point-là poursuit d’ailleurs le groupe depuis des années comme une ombre noire.

Michael Stumo, le père de la jeune femme tuée, est devenu l’un des représentants de victimes les plus en vue dans la lutte contre Boeing. Aux États-Unis, il est intervenu à plusieurs reprises en public, demandant des règles de sécurité plus strictes et critiquant la proximité entre les constructeurs aéronautiques et les autorités de régulation. Au fil des ans, sa voix a pris une dimension presque symbolique — posée, tenace, gênante.

Et la pression sur Boeing ne cesse de croître.

Le groupe s’était certes déjà entendu avec le ministère de la Justice américain en 2021 pour des paiements dépassant 2,5 milliards de dollars. Mais de nombreuses procédures civiles sont encore en cours. Beaucoup de familles refusent des règlements à l’amiable. Elles ne veulent pas seulement de l’argent, mais une reconnaissance juridique claire de la responsabilité.

Les conséquences vont bien au-delà de Boeing.

Le crash des deux appareils 737 MAX a ébranlé la confiance dans une industrie longtemps considérée comme presque infaillible. L’immobilisation mondiale de la 737 MAX pendant près de deux ans a marqué un tournant historique. Des autorités de régulation comme la FAA américaine ont été mises sous forte pression. Leurs détracteurs leur ont reproché d’avoir mené les certifications trop en liaison avec les constructeurs.

Depuis, bien des choses ont changé. Les formations des pilotes aux systèmes automatisés sont devenues nettement plus complètes. Les procédures de certification sont aujourd’hui réputées plus strictes. Dans le même temps, grandit l’inquiétude que les avions modernes dépendent de plus en plus d’un logiciel hautement complexe — et que les pilotes n’aient que quelques secondes pour détecter une défaillance technique en situation réelle.

On pourrait dire : l’aviation a perdu alors un peu de son innocence.

Pour Boeing, l’enjeu n’est plus seulement financier. Chaque nouveau procès entame aussi la confiance des compagnies aériennes, des investisseurs et des passagers. Après d’autres incidents techniques ces dernières années, le groupe se bat pour sa crédibilité. Dans le milieu, chacun sait : la confiance se gagne lentement — et peut s’effondrer terriblement vite.

Les proches des victimes rappellent, pour leur part, l’essentiel. Derrière chaque dossier, chaque expertise et chaque jugement à plusieurs millions se trouvent des personnes dont la vie s’est brusquement arrêtée. Aucun verdict au monde ne rendra ce que l’on a perdu.

Mais certaines décisions ont au moins le mérite d’envoyer un signal.

Par C. Hatty