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Nachrichten.fr · June 13, 2026

Belem fête ses 130 ans en mer

Certains navires transportent des marchandises, d’autres des personnes. Et puis il y a ces rares navires qui portent des histoires. Le Belem appartient sans aucun doute à cette catégorie. Lorsque le célèbre trois-mâts a accosté début juin au port de Dunkerque, il a attiré non seulement les amateurs de marine, mais aussi de nombreuses familles, touristes et curieux. L’occasion était toute particulière : le légendaire voilier fête cette année son 130e anniversaire.

En se promenant sur les quais de la citadelle, on sentait rapidement une atmosphère spéciale. Entre les cris des mouettes, l’air salé de la mer et l’animation du quartier portuaire, les mâts du navire historique s’élevaient haut dans le ciel. On aurait presque dit que le temps s’était arrêté un instant.

Le Belem est l’un des navires les plus connus de France. Il a été lancé en 1896 à Nantes et est aujourd’hui considéré comme le dernier grand voilier marchand français du XIXe siècle encore en activité sur les mers. Sa longue histoire ressemble à un roman d’aventure. À l’origine, il transportait du cacao, du sucre et d’autres marchandises entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Plus tard, le navire a changé plusieurs fois de propriétaire et a même navigué sous différents pavillons à certains moments.

Peu de navires traversent une période aussi longue. Les tempêtes, les guerres et les changements économiques ont fait disparaître de nombreux voiliers historiques. Le Belem a échappé de justesse à ce sort. À la fin des années 1970, le navire était sur le point de tomber en ruine. Une opération de sauvetage a évité au trois-mâts de sombrer dans l’oubli. Après d’importants travaux de restauration, il a retrouvé une nouvelle vie et est devenu l’un des symboles majeurs du patrimoine maritime français.

C’est précisément cette histoire qui fascinait les visiteurs à Dunkerque. Pendant les journées de visite gratuites, l’équipage ouvrait les ponts au public. Des milliers de personnes ont profité de l’occasion pour jeter un coup d’œil dans les coulisses de ce voilier chargé de tradition. En foulant les planches de bois, on pouvait facilement imaginer comment les marins d’il y a plus d’un siècle marchaient sur ces mêmes ponts.

La mâture était particulièrement impressionnante. Un véritable réseau de cordages, mâts et vergues s’étendait sur tout le navire. Pour beaucoup de visiteurs, la question s’est inévitablement posée : comment les marins parvenaient-ils à l’époque à diriger un tel navire avec sécurité à travers les océans ?

La réponse réside dans un mélange d’expérience, de courage et de travail acharné. La vie à bord d’un navire marchand à la fin du XIXe siècle était peu romantique. Les longs voyages, le travail physique intense et le temps imprévisible faisaient partie du quotidien de l’équipage. C’est justement pour cela que le Belem apparaît aujourd’hui comme une fenêtre vivante sur un monde révolu.

Les festivités ont eu lieu dans le cadre du festival maritime « Dunkerque fête la mer ». La ville portuaire a saisi l’occasion pour mettre en avant son lien étroit avec la mer. Des navires historiques, des unités navales et de nombreuses manifestations ont attiré des visiteurs de toute la région.

La célèbre Duchesse Anne était également au centre des célébrations. Aux côtés d’autres navires historiques, elle rappelait la grande tradition maritime du nord de la France. À cela s’ajoutaient des événements commémorant les 400 ans de la marine française, qui donnaient un poids supplémentaire au week-end maritime.

Que le Belem soit aujourd’hui connu bien au-delà des frontières françaises ne tient pas seulement à son histoire exceptionnelle. Des millions de personnes dans le monde entier ont vu le navire à la télévision l’an dernier lorsqu’il a transporté la flamme olympique depuis la Grèce jusqu’à Marseille. Cette mission symbolique a remis le voilier historique sous les projecteurs internationaux.

Mais peut-être que la vraie force du Belem ne réside pas dans ses missions spectaculaires ou ses anniversaires. Sa valeur particulière est de rendre l’histoire vivante. Tandis que les musées conservent les souvenirs sous verre, le Belem continue de naviguer sur les mers. Il vit, bouge et raconte son histoire à sa manière bien à lui.

Dunkerque s’est révélée être un hôte parfait pour cela. La ville peut s’appuyer sur une tradition maritime séculaire et sait comment rendre visible son lien avec la mer. L’enthousiasme des visiteurs montrait clairement que les navires historiques n’ont rien perdu de leur fascination à l’ère du numérique. Qui n’aime pas se tenir devant un navire qui naviguait déjà lorsque les premières automobiles étaient encore une rareté ?

Après les célébrations, le trois-mâts poursuit son voyage. De nouveaux ports l’attendent, ainsi que de nouveaux visiteurs. Et bien que 130 années se soient écoulées, le Belem ne paraît en rien une relique d’un temps révolu. Plutôt comme un vieux marin qui a encore plein d’histoires passionnantes à raconter et ne souhaite aucunement prendre une retraite tranquille.

Ainsi, sa visite à Dunkerque est bien plus qu’une simple escale portuaire. Elle rappelle combien l’histoire de la France est liée à la mer — et que certaines légendes ne perdent rien de leur éclat même après 130 ans.

Un article de M. Legrand