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Nachrichten.fr · August 7, 2026

Commentaire : Du rempart contre l’extrême droite à la surenchère des slogans les plus durs

KI-Illustration

Il y a encore deux ans, le message était sans équivoque : la France devait être protégée à tout prix de la montée de l’extrême droite. Des millions d’électeurs ont été mobilisés pour empêcher le Rassemblement National. Il était question de démocratie, de valeurs républicaines et du fameux rempart. Quiconque votait à droite, tel était le message, jouait avec l’avenir de la République.

Et aujourd’hui ?

Soudain, beaucoup de choses sonnent étonnamment familièrement. Des quotas de limitation de l’immigration. Plus de fermeté dans le droit pénal. L’autorité. La sécurité. L’identité nationale. Des notions qui, hier encore, étaient considérées comme la marque de fabrique de l’opposition conservatrice et de droite sont aujourd’hui reprises par ceux qui se mettaient autrefois en scène comme un modèle opposé.

Quelle étonnante métamorphose politique.

Apparemment, une idée n’est plus dangereuse dès lors qu’elle est formulée par un responsable politique du centre. La même revendication, le même contenu, mais une autre étiquette partisane. Une position prétendument inacceptable devient soudain, du jour au lendemain, une idée de réforme responsable. Qui peut encore suivre ce spectacle ?

Bien sûr, la politique peut changer. Elle doit réagir aux nouvelles réalités. L’immigration, la criminalité et les tensions sociales sont de véritables défis dont un gouvernement doit parler. Mais c’est une autre chose de brandir pendant des années l’index moral, puis de reprendre précisément les thèmes qui étaient auparavant jugés inacceptables.

Cela ressemble moins à une conviction qu’à un changement de stratégie mal dissimulé.

La véritable ironie réside dans le fait que se produit exactement l’évolution contre laquelle on prétendait vouloir protéger les électeurs. Pendant des années, on a expliqué que les partis de droite ne devaient en aucun cas déterminer le débat politique. Aujourd’hui, ils le déterminent plus que jamais, non pas nécessairement parce qu’ils gouvernent partout, mais parce que leurs thèmes sont désormais repris par presque tous.

On pourrait presque dire : le plus grand succès politique du Rassemblement National réside dans le fait que ses adversaires parlent désormais son langage.

Gabriel Attal n’en est que l’exemple le plus récent. Quiconque veut devenir président en 2027 semble désormais croire qu’il n’a plus aucune chance sans fermeté sur l’immigration, sans rhétorique sécuritaire et sans démonstration d’autorité. Cela peut se comprendre d’un point de vue électoral. Mais cela soulève une question embarrassante : que représentait réellement le macronisme s’il finit par s’aligner sur ceux contre lesquels il avait autrefois été fondé ?

Le signal envoyé aux citoyens est plus préoccupant encore. La politique vit de crédibilité. Ceux qui affirmaient hier que certaines positions mettaient la démocratie en danger, mais les reprennent eux-mêmes aujourd’hui, ne doivent pas s’étonner du désenchantement politique croissant. Pourquoi les électeurs distingueraient-ils encore l’original de la copie si tous deux diffusent de plus en plus les mêmes messages ?

Nous assistons peut-être à la plus grande ironie politique de la Cinquième République. La dernière élection présidentielle a été remportée sur la promesse de préserver la France d’un glissement vers la droite. Or, la prochaine campagne semble précisément devoir se jouer en se rapprochant autant que possible de ces mêmes thèmes.

Un jeu dangereux.

Car si tous croient ne pouvoir gagner des élections qu’avec des slogans toujours plus durs, ce n’est pas seulement la campagne électorale qui se déplace, mais l’ensemble des repères politiques. Le centre se déplace vers la droite, la droite fixe de nouvelles normes, et, à la fin, les mêmes responsables politiques s’étonnent de voir l’original continuer à paraître plus crédible que toute copie, aussi habile soit-elle.

C’est peut-être la leçon la plus amère de cette évolution : celui qui mobilise pendant des années contre son adversaire politique et reprend ensuite son programme finit par le renforcer davantage que ne le pourrait jamais aucun discours d’opposition.

P. Tiko