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Nachrichten.fr · June 1, 2026

Commentaire : Entre célébration du titre et gaz lacrymogène – La étrange tradition d’escalade en France

Pourquoi donc ?

Pourquoi chaque grande concentration de personnes en France devient-elle tôt ou tard une vaste expérimentation de sécurité publique ? Pourquoi ne suffit-il pas que des centaines de milliers de personnes célèbrent simplement, applaudissent, chantent et rentrent chez elles ? Pourquoi semble-t-il toujours y avoir quelqu’un qui estime que l’odeur du gaz lacrymogène est indispensable au calendrier national des événements ?

Le Paris Saint-Germain remporte la Ligue des Champions. Un moment historique pour de nombreux supporters. Les rues se remplissent de joie, d’émotion et d’enthousiasme. Pendant un bref instant, on pourrait croire que les gens fêtent simplement ensemble.

Mais ensuite, survient ce qui a presque pris un caractère rituel en France.

Sirenes.

Chaînes policières.

Volutes de fumée.

Et bien sûr, le débat politique inévitable sur la question de savoir qui est réellement responsable.

Parfois, on se demande si dans les plans d’intervention il n’y a pas quelque part la phrase : « À partir d’un certain nombre de citoyens joyeux, le niveau maximal d’escalade doit être automatiquement engagé. »

Évidemment, il y a des fauteurs de trouble. Évidemment, il y a des casseurs qui saisissent chaque occasion pour incendier des voitures, briser des vitrines ou attaquer les policiers. Personne de sensé ne défendra cela.

Mais c’est justement pour cette raison que la réaction réflexe française semble souvent si déconcertante. Au lieu d’agir spécifiquement contre les fauteurs de troubles, on a régulièrement l’impression que des foules entières sont mises en accusation générale. Familles, jeunes, supporters de football, touristes – tous se retrouvent soudain dans un environnement qui évoque plus un état d’exception qu’une fête sportive.

Et ensuite, on s’étonne des tensions.

Qui aurait pu le prévoir ?

Lorsque les gens se retrouvent entre des feux de bengale, des barrières et des volutes de gaz lacrymogène, une atmosphère détendue de fête populaire se développe rarement. Fait surprenant, les individus ne réagissent pas toujours avec gratitude face à la pression.

Ce qui est particulièrement remarquable, c’est la routine politique. D’un côté, certains défendent chaque mesure des forces de l’ordre comme s’il s’agissait de sauver la République. De l’autre, d’autres prétendent que seules les autorités sont responsables des violences. Entre les deux, la réalité disparaît quelque part dans le brouillard – parfois au sens propre.

Or, la vraie question devrait être : pourquoi d’autres pays réussissent-ils régulièrement à laisser d’immenses foules célébrer sans que cela ne devienne une épreuve de stress sociale ?

En France en revanche, chaque grand événement semble suivre un scénario implicite. D’abord l’euphorie. Puis l’escalade. Ensuite les débats télévisés. Enfin les accusations mutuelles.

Et quelques semaines plus tard, tout recommence.

Peut-être est-ce là la véritable tragédie. Pas la violence de quelques fauteurs de troubles. Pas les querelles politiques. Mais le fait que beaucoup de Français s’y attendent désormais. Comme si cela faisait tout simplement partie du spectacle.

Une célébration du titre sans controverse policière ?

Sans gaz lacrymogène ?

Sans poubelles en feu ?

Presque suspect.

Parfois, on aimerait dire aux responsables : laissez simplement les gens fêter. Toutes les foules ne sont pas un risque sécuritaire. Toutes les masses en liesse ne sont pas une menace pour l’État. Et toutes les nuits pleines d’émotions ne doivent pas nécessairement se terminer dans un nuage de fumée et d’indignation politique.

Mais peut-être est-ce justement là le problème français aujourd’hui : l’exagération n’est plus une faute isolée.

Elle est devenue une habitude.

Par C. Hatty