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Nachrichten.fr · July 25, 2026

Commentaire : La nouvelle responsabilité familiale – ou quand la culpabilité et la peine deviennent soudain héréditaires

(Mit Hilfe von KI erstellte Illustration).

Parfois, un seul mot suffit à provoquer un malaise.

Responsabilité collective familiale.

Un terme qui sent l’histoire, les temps sombres, un État qui ne demande plus qui a fait quoi, mais seulement à qui appartient quelqu’un. Un mot que l’on ne s’attendrait à entendre dans une démocratie fondée sur l’État de droit qu’au conditionnel. Comme avertissement. Pas comme outil.

Et pourtant, il est de nouveau sur toutes les lèvres.

Cette fois, non pas dans les livres d’histoire, mais dans les salles d’audience. Non pas comme une relique, mais comme un instrument de la politique sécuritaire moderne. Le fils trafique, la mère perd son logement. Le frère est condamné, la famille se retrouve à la porte. C’est si simple. Si efficace. Si effrayant.

Bien sûr, l’argumentation est tirée à quatre épingles comme un costume du dimanche. Il s’agirait d’ordre, de sécurité, de protection du voisinage. De personnes qui ne peuvent plus dormir la nuit parce que, en bas, dans le hall de l’immeuble, se font des affaires qui n’auraient mieux valu jamais exister. L’État, dit-on, doit rester capable d’agir.

Capable d’agir.

Un beau mot. Il évoque la force, la clarté, la fermeté. Mais il a un revers. Car la capacité d’agir sans mesure devient vite un marteau qui ne voit plus que des clous.

Et soudain, les familles deviennent ces clous.

On pourrait presque croire que la responsabilité est contagieuse. Comme une maladie qui se propage autour de la table de cuisine. Ceux qui vivent ensemble répondent ensemble — du moins, c’est l’impression qui se dégage. Juridiquement irréprochable ? Peut-être. Moralement ? Eh bien.

Car qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Une mère qui ne parvient plus à joindre son fils est déclarée coresponsable. Un père qui a depuis longtemps capitulé devient un fauteur de trouble à l’ordre public. Des personnes qui sont souvent elles-mêmes déjà en marge sont repoussées encore un peu plus loin.

On appelle cela la prévention.

On peut l’admirer avec sarcasme : enfin une solution qui élimine plusieurs problèmes à la fois. Le dealer est peut-être en prison — et sa famille se retrouve elle aussi à la rue. Après tout, l’efficacité est le mot d’ordre du moment.

Mais : qu’en découle-t-il ?

Un État qui commence à distribuer la culpabilité comme des tracts perd sa plus importante vertu : la capacité de distinguer. Il cesse de faire la différence entre l’auteur et son entourage, entre responsabilité et impuissance. Et c’est précisément là que commence le déséquilibre.

Car le droit n’est pas un sport collectif.

Il vit du fait qu’il regarde de près, qu’il distingue, pèse, doute. Qu’il ne dit justement pas : « Vous allez ensemble, donc vous êtes responsables ensemble. » Mais plutôt : qui a fait quoi — et qui ne l’a pas fait ?

La question n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où peut aller la responsabilité collective des familles.

La véritable question est de savoir si un État de droit peut même se la permettre.

Ou s’il commence, en combattant le trafic de drogue, à perdre quelque chose de bien plus précieux.

Sa propre idée de la justice.

Un commentaire de Daniel Ivers