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Nachrichten.fr · July 25, 2026

Commentaire : La République en état d’alerte – et la démocratie mise à l’épreuve

KI-Illustration

La France connaît ces gros titres.
Malheureusement.

Deux frères. Vingt et vingt-deux ans.
Un étudiant en ingénierie et un jeune homme sans emploi.
Dans la voiture : un pistolet chargé, des produits chimiques, des symboles de ce qu’on appelle l’État islamique. À cela s’ajoutent des traces numériques remplies de propagande djihadiste. Et le rêve du martyre – cette glorification grotesque du meurtre que les terroristes aiment vendre comme une histoire héroïque religieuse.

Le parquet national antiterroriste français parle d’un projet « mortifère et antisémite » – meurtrier, antisémite.
Un attentat qui devait faire le plus grand nombre possible de victimes.

On lit ces mots et l’on ressent aussitôt le vieux frisson familier : le souvenir du Bataclan, de Charlie Hebdo, de Nice. De tous ces lieux où des terroristes ont tenté de déchirer la société ouverte comme une vieille nappe.

Les autorités de sécurité ont apparemment arrêté les frères à temps.
Tant mieux.

Mais pendant que la justice fait son travail, un autre type d’exploitation politique commence ailleurs.

Car dès qu’une telle affaire apparaît, un spectacle familier commence. Sur les places de marché de la politique, on sort les mégaphones. Certains partis se frottent déjà les mains – non par souci de sécurité, mais par joie de disposer d’un nouveau thème de campagne électorale.

Après tout, la peur est une ressource politique extrêmement rentable.

Et la France est en pleine campagne pour les élections municipales.

Il fait partie des amères ironies de l’Europe contemporaine que le terrorisme et le populisme de droite entretiennent une inquiétante interaction. La terreur produit la peur. La peur produit des voix. Et les voix produisent du pouvoir.

Un cycle politique macabre.

Bien sûr, la menace est réelle. Personne de sensé ne la minimisera. La France vit depuis des années avec un danger terroriste qui a changé : moins de grands réseaux, mais davantage de petits groupes, parfois même des individus isolés, radicalisés devant leur écran, dans les recoins sombres d’Internet.

Le schéma est connu.

De jeunes personnes qui se perdent dans des mondes parallèles virtuels. Une propagande qui leur inculque que le meurtre est un devoir religieux. Le fantasme du sacrifice héroïque – un mélange grotesque de fanatisme religieux et de délire de grandeur pubertaire.

Et soudain, un salon de discussion devient un projet d’attentat.

Tout cela est réel.
Tout cela est dangereux.

Mais la tentation politique de transformer chaque histoire de ce type en un slogan simple est tout aussi réelle.

« Vous voyez ! », lancent alors les porte-voix de l’extrême droite. « La République est faible. L’immigration est coupable. La solution, c’est la fermeté. »

Comme si la politique était une masse.

Or, ces slogans ignorent un fait décisif : les autorités françaises de sécurité ont empêché l’attentat. Enquêteurs, juges, services secrets – ils fonctionnent. Ils observent, analysent, interviennent.

L’État agit.

Mais dans le théâtre politique de la peur, cette réalité compte peu. Le succès se vend mal. La peur se vend remarquablement bien.

Et c’est ainsi que naît un récit politique à peu près aussi nuancé qu’un graffiti dans les toilettes d’une gare.

« Migration égale terrorisme. »

Point final.

Pourtant, le cas des deux frères raconte une histoire bien plus compliquée. Une histoire de radicalisation en ligne, de trajectoires de vie brisées, de séduction idéologique dans des chambres d’écho numériques.

Et de haine antisémite, qui s’est de nouveau intensifiée en Europe – provenant de différents milieux politiques et religieux.

Mais les analyses nuancées ont un problème : elles ne tiennent pas sur des affiches électorales.

La réalité est donc simplifiée.
Jusqu’à ce qu’elle tienne dans un slogan.

Cela fonctionne étonnamment bien. La peur est un turbo politique. Celui qui l’attise gagne de l’attention – et parfois aussi des élections.

L’extrême droite en France le sait. Elle joue à ce jeu depuis des années avec la précision d’un horloger.

Et chaque affaire de terrorisme déjouée est immédiatement intégrée au même récit politique : l’État serait trop laxiste, la démocratie trop naïve, la solution résiderait dans la force autoritaire.

Comme si l’on n’avait pas déjà vu en Europe où mènent de telles fantasmes politiques.

Bien sûr, le terrorisme exige des réponses déterminées. La police, les services de renseignement, la coopération internationale – tout cela reste nécessaire.

Mais celui qui croit que la réponse au terrorisme consiste à éroder les principes démocratiques ou à placer des groupes entiers de population sous suspicion généralisée n’a pas compris le cœur du problème.

Le terrorisme vise la peur.

Et le populisme se nourrit de la peur.

À cet égard, ils sont des alliés involontaires.

L’un cherche à ébranler la société par la violence.
L’autre exploite cet ébranlement pour en tirer un capital politique.

Au final, il y a une démocratie qui doit se défendre non seulement contre les bombes, mais aussi contre la simplification politique.

La véritable force d’une société ouverte ne réside pas dans sa dureté. Mais dans sa capacité à rester à la fois vigilante et libre.

Cela semble compliqué.

Ça l’est aussi.

La démocratie n’est pas une masse.
Elle ressemble plutôt à un mécanisme d’horlogerie – délicat, sensible, précis. Et c’est précisément pour cela qu’elle est vulnérable face à ceux qui souhaitent la briser avec des slogans grossiers.

Le projet d’attentat déjoué dans le Pas-de-Calais rappelle que le terrorisme existe toujours. Mais il rappelle aussi autre chose : la responsabilité de la politique.

La peur explique beaucoup de choses.
Elle n’excuse rien.

Quiconque veut combattre le terrorisme ne doit pas, en même temps, porter atteinte à la culture démocratique qu’il prétend défendre.

Sinon, deux forces finissent par gagner en même temps :
les fanatiques avec leurs fantasmes de bombes – et les populistes avec leurs réponses simplistes.

Et cela, pour le dire une fois de manière tout à fait non académique, serait vraiment une sacrément mauvaise nouvelle pour l’Europe.

Un commentaire d’Andreas M. Brucker