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Nachrichten.fr · July 2, 2026

Commentaire : Les détenus sont aussi des êtres humains — ou la dignité humaine ne vaut-elle que jusqu’au portail de la prison ?

Il faut reconnaître à la France une qualité : quand il s’agit de grands mots, la République est championne. Liberté, Égalité, Fraternité s’affiche fièrement sur les bâtiments publics, est citée à chaque occasion et fait désormais partie intégrante de l’identité nationale. Mais dès que la porte de la prison se referme derrière quelqu’un, la devise semble recevoir un ajout remarquable : Dignité humaine ? Seulement tant que tu es dehors.

Un détenu de la prison de Grenoble-Varces pose une question simple : “Méritons-nous d’être traités comme des chiens ?” En principe, tout État de droit devrait répondre réflexivement par un non clair. Au lieu de cela, on préfère débattre pour savoir si les détenus “méritent” ceci ou cela. Comme si la dignité humaine était une prime au bon comportement et non un droit fondamental.

Bien sûr : les délinquants ont commis une faute. C’est pourquoi ils sont en prison. C’est le rôle des tribunaux. La peine privative de liberté s’appelle précisément privation de liberté — pas torture par la chaleur, pas stress constant, pas abandon et encore moins déshumanisation. Qui croit qu’un jugement judiciaire inclut automatiquement le droit à des conditions de détention indignes n’a pas compris le sens d’un État de droit.

Mais peut-être est-ce justement le chemin le plus commode. Après tout, les détenus vivent derrière de hauts murs. On ne les voit pas. On ne les entend pas. On n’a pas à s’occuper d’eux. Ils sont socialement éliminés — comme de vieux déchets encombrants. Et parce qu’ils sont des délinquants, toute indignation peut être facilement étouffée.

“C’est leur faute.”

Deux mots qui remplacent toute réflexion.

Les cellules sont surpeuplées ? C’est leur faute.

40 degrés dans une boîte de béton ? C’est leur faute.

Pression psychologique ? C’est leur faute.

Soins médicaux insuffisants ? C’est leur faute.

Il est fascinant de voir à quel point la morale devient efficace du jour au lendemain quand elle touche les autres.

Pourtant, il faudrait se poser une simple question en retour : à quoi servent réellement les prisons ? S’agit-il d’organiser la vengeance ou d’appliquer la justice ? L’État cherche-t-il à prouver qu’il est meilleur que celui qu’il a condamné — ou veut-il lui montrer jusqu’où un être humain peut tomber ?

Ironiquement, la même société réclame ensuite bruyamment la réinsertion. L’ancien détenu doit après sa libération devenir un citoyen respectueux des lois. De préférence aimable. De préférence intégré. De préférence reconnaissant.

Une stratégie intéressante.

On enferme des gens pendant des années dans des conditions que même les autorités de contrôle critiquent régulièrement. On les laisse vivre dans des cellules surpeuplées, avec peu d’activités, un stress psychologique constant et une atmosphère de tension permanente — et on s’étonne ensuite que tous ne reviennent pas en citoyens repentis et exemplaires.

Cela ressemble un peu à quelqu’un qu’on aurait enfermé pendant des mois dans une cave sombre, puis dont on se plaindrait ensuite qu’il n’aime plus la lumière du jour.

Bien sûr, le personnel porte aussi un fardeau énorme. Les agents pénitentiaires travaillent souvent à la limite, les travailleurs sociaux manquent, les médecins aussi. Critiquer les conditions ne revient pas automatiquement à attaquer les personnes qui tentent chaque jour d’accomplir leur devoir dans des circonstances difficiles. Au contraire : eux aussi sont victimes d’un système qui vit depuis des années avec la surpopulation, le manque de personnel et l’inaction politique.

Car soyons honnêtes : ces conditions ne tombent pas du ciel. Elles sont documentées depuis des années. Des rapports sont rédigés, des recommandations formulées, des avertissements lancés. Ensuite, ils semblent disparaître dans un classeur portant l’inscription “À un moment donné”.

Peut-être manque-t-il tout simplement le glamour politique. Une nouvelle prison ne fait pas gagner les élections. Une meilleure prise en charge psychiatrique des personnes condamnées ne déclenche pas d’ovations. Les droits de l’homme pour les détenus se vendent mal, parce qu’ils ne garantissent pas d’applaudissements.

Les slogans populistes, eux, si.

Et pourtant, c’est dans le traitement des plus faibles que se révèle le vrai caractère d’un État. Pas là où tout fonctionne, mais là où personne ne regarde. Un État de droit ne prouve pas sa force en traitant correctement les citoyens convenables. Presque tous y parviennent. Il la prouve là où des personnes ont commis des erreurs, ont été condamnées et ne doivent pas pour autant perdre leur dignité.

Car c’est précisément ce qui distingue l’État de droit d’une simple vengeance.

La question du détenu de Grenoble-Varces s’adresse donc non seulement aux directeurs de prison ou aux ministères. Elle nous concerne tous.

“Méritons-nous d’être traités comme des chiens ?”

Celui qui répond par un haussement d’épaules devrait accepter une question désagréable en retour : si nous commençons à distribuer la dignité humaine selon la sympathie — combien de temps avant que quelqu’un décide que d’autres groupes ne la méritent plus non plus ?

Les droits de l’homme ne fonctionnent que s’ils valent aussi pour ceux que nous aimons le moins.

Tout le reste n’est pas de la justice.

C’est de la facilité — déguisée en morale.

Un commentaire d’Andreas M. Brucker