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Nachrichten.fr · July 25, 2026

Commentaire : Quand l’État de droit prend l’eau

(Mit Hilfe von KI erstellte Illustration).

Il faut laisser fondre lentement sur sa langue la succession de ces jours pour en saisir toute l’absurdité : d’abord, une députée européenne – Rima Hassan – est placée en garde à vue, alors même que son immunité parlementaire soulève nécessairement des questions quant à la légalité de cette procédure. Et puis, à peine la porte de la cellule se referme-t-elle que les murs commencent à parler. Pas officiellement. Sous la responsabilité de personne. Mais sous la forme de ces indiscrétions bien placées, à moitié démenties, à moitié confirmées, qui sont depuis longtemps devenues la monnaie de l’ombre de la communication politique.

Est-ce encore un État de droit – ou déjà une pièce de théâtre avec des accessoires juridiques ?

L’immunité : un détail gênant ?

L’immunité parlementaire n’est pas un privilège de cour que l’on accorde généreusement ou ignore discrètement selon la météo politique. C’est un mécanisme de protection contre précisément ce qui est au moins en question ici : des interventions de l’État à connotation politique.

Lorsqu’une députée est arrêtée sans qu’il soit établi de manière transparente si et comment cette immunité a été levée, ce n’est pas un détail technique. C’est le cœur de l’affaire. L’État de droit vit du fait que ses interventions ne sont pas seulement légales, mais qu’elles restent également reconnaissables comme telles.

Mais dans ce cas, l’ordre semble inversé : agir d’abord, expliquer ensuite – si tant est qu’on explique.

L’indiscrétion comme méthode

Et puis il y a le deuxième niveau : les fuites. À peine la mesure est-elle prise que des détails circulent. Assez précis pour produire leur effet. Assez vagues pour pouvoir, au besoin, être retirés. Un classique de la communication moderne du pouvoir.

Le principe est aussi ancien que cynique : on ne dit rien – et l’on veille à ce que tout soit dit.

Officiellement, le secret de l’instruction s’applique. Officieusement, il semble être compris davantage comme une recommandation que comme une obligation. Ceux qui parlent restent dans l’ombre. Ceux qui sont concernés sont sous les projecteurs.

Ce n’est pas une erreur. C’est un schéma.

Le ministre en pompier dans sa propre maison

Lorsque Gérald Darmanin promet ensuite de faire la lumière, cela ressemble à un rituel familier : l’exécutif enquête sur l’exécutif, tandis que le public observe et se demande s’il s’agit ici d’élucidation ou de limitation des dégâts.

Bien sûr, on peut mettre en place une inspection. Bien sûr, on peut annoncer des enquêtes. Mais la question décisive est tout autre : qui contrôle réellement les contrôleurs ?

Car lorsque la communication politique et les procédures pénales s’entremêlent, il se crée un espace où la responsabilité s’évapore et les compétences se brouillent.

Justice politique ? Une question dangereuse

S’agit-il donc de « justice politique » ?

La réponse exige de la sobriété – et c’est précisément pour cela qu’elle est difficile. Le terme est lourd, chargé d’histoire, rapidement détourné. Il ne devrait pas être utilisé à la légère.

Mais il ne faut pas non plus faire comme si tout était parfaitement en ordre tant qu’aucun tribunal n’a constaté le contraire.

La justice politique ne commence pas seulement là où des jugements sont rédigés. Elle commence là où des procédures se déroulent dans un contexte politique qui façonne leur perception. Là où circulent des informations sélectives. Là où le pouvoir de l’État et les intérêts politiques ne peuvent plus être clairement distingués.

Le présent cas fournit à cet égard au moins des éléments d’appréciation inquiétants.

Le véritable préjudice

Au final, il ne s’agit pas seulement de savoir si des règles ont été violées ici. Il s’agit de confiance.

Un État de droit qui chuchote indiscrètement au lieu de rendre la justice perd son autorité. Une justice dont les procédures sont accompagnées d’indiscrétions perd sa dignité. Et une politique qui recourt à ces mécanismes — ou ne les empêche pas efficacement — sape sa propre légitimité.

C’est peut-être là le véritable point de cette affaire : elle est moins marquée par ce qui se passe ouvertement que par ce qui se déroule dans la pénombre.

Et c’est précisément là que se décide si un État agit encore conformément à l’État de droit — ou s’il ne fait plus que semblant.

Un commentaire d’Andreas M. Brucker