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Nachrichten.fr · July 26, 2026

Commentaire : Tout ce qu’on peut faire ne devrait pas forcément être fait – surtout pas avec une IA et une connexion Internet

(Mit Hilfe von KI erstellte Illustration).

Cela commence comme une blague moderne, mais se termine malheureusement sans chute. Quelque part sur Facebook circule une vidéo, une journaliste au regard sérieux annonce avec un sens dramatique éprouvé le coup d’État en France. Des chars, une prise de pouvoir, un colonel contre Emmanuel Macron, Paris en état d’urgence. Le petit problème : rien de tout cela n’a eu lieu. Absolument rien. Pas de putsch, pas de colonel, pas de renversement. Juste une idée, un prompt, un clic – et des millions de personnes qui regardent.

On pourrait en rire si ce n’était pas si désagréable. Car cette « journaliste » n’existe pas davantage que le putsch lui-même. C’est un fantôme numérique, créé par l’intelligence artificielle, imaginé par un homme du Burkina Faso, qui se considère à la fois comme apprenant et formateur en matière d’IA. Un homme qui affirme plus tard qu’il « ne voulait pas faire de mal ». C’est cette phrase qui tombe désormais de manière fiable chaque fois que le dommage est déjà fait.

L’histoire se lit comme un mode d’emploi pour l’ère post-factuelle. Le président français lui-même en prend connaissance parce qu’un homologue africain demande avec inquiétude si la République vient de s’effondrer en France. Facebook est prié de supprimer la vidéo. Facebook examine. Facebook décide : aucune violation des règles. La réalité, semble-t-il, n’a pas de place fixe dans les conditions d’utilisation.

L’auteur des vidéos travaille sous le nom on ne peut plus discret d’« Islam », montre depuis octobre plusieurs clips générés par IA et se rapproche progressivement de la réalité. D’abord des hommes qui se transforment en serpents. Puis une pluie de baleines. Ensuite des dragons au-dessus des nuages. Au plus tard lors d’attaques de lions à Paris, on aurait pu devenir méfiant, mais il semble que plus le monde paraît absurde de toute façon, moins l’absurdité se remarque.

À un moment donné, cela devient politique. Une véritable tentative de coup d’État au Bénin fournit l’occasion rêvée, peu après une journaliste artificielle de RFI « rapporte » des prises de pouvoir, d’abord en Afrique de l’Ouest, puis carrément en France. Des millions de clics. De la portée. De l’attention. Et bien sûr, la discrète indication en marge : ceux qui souhaiteraient eux-mêmes créer de telles vidéos virales peuvent volontiers prendre contact via WhatsApp. Aujourd’hui, on appelle cela une offensive éducative.

Ce qui est véritablement fascinant dans cette affaire, ce n’est pas la prouesse technique. Elle est banale. L’IA peut désormais parler, regarder et accentuer de manière trompeusement réaliste. Ce qui est vraiment remarquable, c’est le vide moral qui accompagne cette technique. On invente un coup d’État comme autrefois un titre accrocheur dans la cour de récréation. Et lorsqu’il y a des ennuis, vient le repli dans le vocabulaire du repentir. Fictif, mal formulé, malentendu. Oups.

L’homme s’excuse. Sincèrement, comme il le souligne. Il respecterait les institutions, les peuples, les autorités. À l’avenir, il voudrait travailler de manière responsable, vérifier, s’améliorer. On le croit presque – comme on croit aussi les enfants qui expliquent qu’ils voulaient juste voir ce qui se passe quand on allume le pétard. Le problème, c’est que sur les réseaux sociaux, ce n’est pas le pétard qui explose, mais la confiance.

Le détail particulièrement joli, c’est que certaines vidéos se présentent déjà de manière autoréflexive. Une journaliste IA y explique qu’elle n’est pas réelle, mais créée artificiellement – et propose dans le même souffle un cours sur la manière de produire précisément de telles tromperies. La transparence comme argument de vente. C’est à peu près comme si un pickpocket laissait après le vol une carte de visite indiquant son prochain séminaire.

Bien sûr, on pourrait balayer tout cela comme une anecdote insolite. Un bricoleur isolé, quelques vidéos, un malentendu. Mais le mécanisme est connu. Des identités sont falsifiées, des marques médiatiques imitées, des crises politiques simulées. Les campagnes de désinformation prorusses ont depuis longtemps perfectionné cela. La seule nouveauté, c’est la facilité. Autrefois, il fallait des rédactions, des serveurs, des structures. Aujourd’hui, un ordinateur portable et un peu d’audace suffisent.

Facebook, qui n’a pas voulu supprimer ces vidéos malgré les signalements, joue le rôle du videur blasé. Tant que les règles sont formellement respectées, les absurdités peuvent entrer. Que quelqu’un panique dehors ne l’intéresse qu’à la marge. Après tout, la plateforme n’est pas un ministère de la Vérité. C’est un marché – et la panique se vend bien.

À la fin, il reste les « excuses sincères » et les vidéos supprimées. Le dommage, aussi invisible soit-il, demeure. La confiance ne s’érode pas dans un fracas, mais silencieusement, clip après clip. Un jour, on se demande à propos de chaque information si elle est réelle ou simplement bien animée. Et c’est précisément à ce moment-là que tous ceux qui s’efforcent encore de défendre la réalité ont perdu.

Tout ce qu’on peut faire ne devrait pas forcément être fait. Cette phrase paraît démodée, presque étriquée. Elle vient d’une époque où les possibilités techniques étaient encore accompagnées de conscience. Aujourd’hui, c’est souvent l’inverse qui prévaut : ce qui génère des clics est essayé. Les excuses viennent plus tard. Ou jamais.

Peut-être que la véritable ironie de cette histoire réside dans le fait que le coup d’État inventé semblait plus crédible que le repentir qui a suivi. Ce n’est pas bon signe. Pour personne.

Un commentaire de C. Hatty