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Nachrichten.fr · June 18, 2026

Commentaire : Voici comment l’État gaspille ce qui maintient les gens en vie

61 pour cent.

Il faut laisser ce chiffre fondre sur la langue. Enfin, peut-être pas vraiment. Car qui sait s’il coule encore assez d’eau du robinet.

Pendant que les citoyens des Pyrénées-Orientales doivent apprendre comment prendre des douches plus courtes, arroser moins, consommer moins et, au mieux, respirer moins, plus de la moitié de cette précieuse eau potable s’infiltre dans le sol. Tout simplement. Jour après jour. Année après année.

Mais ne vous inquiétez pas : les citoyens continueront bien sûr à être instruits sur leur consommation d’eau.

Quelqu’un qui arrose sa pelouse est presque considéré comme un pollueur. Celui qui remplit sa piscine est observé avec méfiance. Les agriculteurs luttent pour leur survie, les familles comptent chaque goutte — et en même temps, on regarde des millions de litres s’évaporer sur le chemin jusqu’au robinet.

Ce n’est plus un simple incident.

C’est de l’indifférence organisée.

On se demande combien de réunions de crise, groupes de travail, comités d’experts et brochures brillantes sont nécessaires pour reconnaître que les réseaux d’eau datant du siècle dernier doivent un jour être remplacés. Visiblement, beaucoup. Car alors que les infrastructures se dégradent lentement, les dépenses ailleurs continuent à couler à flots.

L’ironie ne pourrait être plus grande.

L’État déclare que l’eau est une ressource stratégique de la plus haute importance. En même temps, il permet que cette ressource disparaisse à cause de tuyaux fuyants sous terre. Cela rappelle le pompier qui, devant une maison en feu, recommande aux habitants d’utiliser les bougies avec parcimonie.

Bien sûr, la rénovation coûte cher. On l’entend immédiatement. Il n’y a pas d’argent pour rien. Pas pour des canalisations vétustes. Pas pour la prévention à long terme. Pas non plus pour cette tâche fondamentale de garantir l’approvisionnement de la population.

Mais dès qu’il s’agit de nouveaux programmes, d’administrations supplémentaires ou de la production de formulaires additionnels, l’argent s’ouvre souvent étonnamment facilement.

Pour l’eau, en revanche, non.

Ce qui est particulièrement amer, c’est le message implicite de cette situation. On fait croire aux citoyens qu’ils doivent changer leur mode de vie, faire des sacrifices et prendre des responsabilités. Mais personne ne prend la responsabilité d’un réseau qui pourrit depuis des décennies.

Cela crée une impression plus dangereuse que toute sécheresse : le sentiment qu’on en demande toujours plus aux gens, tandis que ceux qui gèrent les infrastructures rendent de moins en moins.

L’eau n’est pas un produit de luxe. Ce n’est pas un article de loisir. Ce n’est pas un jouet politique.

L’eau est la base de la vie.

Lorsqu’un État n’est même pas capable de protéger cette base tout en invitant ses citoyens à économiser, alors quelque chose tourne terriblement mal.

Et peut-être que c’est là la véritable catastrophe de cette histoire : pas les 61 % de perte d’eau.

Mais le fait que presque personne ne s’en étonne plus.

Par C. Hatty