À l’origine, les constructions neuves modernes devraient incarner le confort, l’efficacité énergétique et la durabilité. Mais c’est précisément dans certaines des plus récentes résidences que se révèle un problème inattendu. Dans l’écoquartier Brazza à Bordeaux, des habitants se plaignent que leurs appartements ont atteint, pendant la récente vague de chaleur, des températures allant jusqu’à 37 degrés Celsius. Sont particulièrement touchés les appartements du dernier étage, qui se réchauffent fortement pendant la journée et refroidissent à peine pendant la nuit.
De nombreux habitants racontent des nuits sans sommeil et des pièces qui, même après le coucher du soleil, donnent l’impression d’un four. Malgré des fenêtres ouvertes, la chaleur reste prisonnière des logements. Certains utilisent plusieurs ventilateurs simultanément — avec un succès limité. D’autres acceptent le bruit nocturne de la rue, car seules des fenêtres ouvertes procurent un peu de soulagement. La frustration est grande. Il s’agit pourtant de bâtiments récemment construits, répondant aux normes environnementales les plus récentes.
Le cas soulève une question fondamentale : de nombreux bâtiments neufs sont-ils réellement préparés aux conséquences du changement climatique ? Pendant de longues années, l’accent des réglementations françaises de construction a été mis sur la réduction de la consommation de chauffage. Les bâtiments ont reçu une isolation particulièrement performante afin de perdre le moins de chaleur possible en hiver. C’est précisément cette qualité qui montre son revers l’été. Une fois la chaleur pénétrée dans le logement, elle y reste souvent stockée longtemps.
D’autres facteurs favorisent la surchauffe. De grandes surfaces vitrées assurent certes des pièces lumineuses, mais laissent entrer d’énormes quantités de chaleur par journées ensoleillées. En l’absence d’occultations extérieures comme des volets roulants ou des systèmes de protection solaire, la température intérieure augmente rapidement. Une ventilation naturelle insuffisante joue également un rôle décisif. Les logements sans possibilité de courant d’air se refroidissent difficilement la nuit. Les toits et façades exposés toute la journée au soleil aggravent encore la situation.
Le problème ne se limite pas à Bordeaux. D’autres villes françaises signalent aussi des immeubles modernes qui deviennent à peine habitables lors de longues périodes de chaleur. Les appartements du dernier étage atteignent régulièrement leurs limites. Le nombre croissant de vagues de chaleur extrêmes montre que les performances énergétiques maximales en hiver ne suffisent plus.
Avec la réglementation environnementale actuelle RE2020, la France tente déjà d’intégrer davantage la protection contre la chaleur estivale dans la conception des nouveaux bâtiments. Un indice d’évaluation spécifique doit empêcher que les logements ne surchauffent excessivement en été. Les détracteurs jugent toutefois ces exigences insuffisantes. La réalité évolue plus vite que de nombreux modèles de planification, puisqu’on observe désormais des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses que ce qui était encore envisagé il y a quelques années.
Pour les habitants concernés, un nouveau terme occupe désormais le centre du débat : la qualité thermique du logement. Beaucoup se demandent légitimement si un appartement neuf peut encore être considéré comme confortable lorsqu’il atteint régulièrement, lors de journées chaudes, des températures nettement supérieures à 35 degrés. Avec l’avancée du changement climatique, ce sujet risque de ne plus être un cas isolé, mais de devenir l’un des grands défis de la construction résidentielle moderne.
Par C. Hatty