Les incendies de forêt dévastateurs en Gironde sont depuis longtemps devenus bien plus qu’une catastrophe humanitaire et écologique. Alors que les pompiers et les équipes d’intervention continuent de lutter contre les flammes, les dégâts économiques augmentent de jour en jour. Entreprises fermées, chaînes d’approvisionnement interrompues et absence de touristes pèsent lourdement sur l’économie régionale. Les petites et moyennes entreprises, qui ne disposent souvent que de réserves financières limitées, sont particulièrement touchées.
Selon le ministère français de l’Économie, plus de 13 500 entreprises ont déjà dû interrompre leur activité, au moins temporairement. La Chambre de commerce et d’industrie Bordeaux Gironde estime désormais qu’environ 14 500 établissements sont directement touchés. En incluant les effets indirects, jusqu’à 40 000 entreprises pourraient même voir leur activité limitée. On estime que 50 000 salariés sont affectés par les conséquences des incendies. La chambre de commerce a donc mis en place, avec d’autres organisations économiques, une cellule de crise afin d’aider les entreprises sur les questions d’assurance, les demandes d’indemnisation et la reprise de leur activité.
Les évacuations paralysent des régions économiques entières
Les conséquences ne touchent pas seulement les entreprises situées à proximité immédiate des foyers d’incendie. De nombreux établissements ont dû fermer parce que leurs salariés ne peuvent plus rejoindre leur lieu de travail en raison des évacuations, des fermetures de routes ou des zones de sécurité. S’y ajoutent des coupures de courant, des chaînes d’approvisionnement interrompues ainsi que des difficultés d’approvisionnement en matières premières et en marchandises.
À chaque jour supplémentaire, les pertes économiques augmentent. Dans le secteur des services, les pertes se cumulent particulièrement vite. En pleine haute saison, les restaurants perdent des réservations et du chiffre d’affaires, des denrées périssables doivent être jetées, tandis que les loyers, les crédits et les charges de personnel continuent de courir. Les entreprises artisanales ne peuvent elles non plus souvent pas honorer les commandes convenues, ce qui entraîne des charges financières supplémentaires.
Les petites et moyennes entreprises sont surtout soumises à une forte pression. Elles façonnent la structure économique de la Gironde et ne disposent souvent pas de réserves suffisantes pour absorber des arrêts d’activité prolongés. Quelques semaines seulement sans recettes peuvent mettre en péril leur survie économique.
Le tourisme perd sa saison la plus importante
La catastrophe frappe particulièrement durement le tourisme autour du Bassin d’Arcachon, de Lacanau ainsi que le long de la côte atlantique. Hôtels, campings, loueurs de maisons de vacances, restaurants et entreprises de loisirs signalent de nombreuses annulations. La recommandation de la préfecture de renoncer pour le moment aux déplacements vers les zones particulièrement touchées de la Gironde a encore renforcé l’incertitude.
Or, le tourisme revêt une importance économique majeure pour le département. Environ sept pour cent de l’activité économique régionale dépendent directement ou indirectement des vacanciers. Près de 40 000 emplois sont liés à ce secteur. Le moment auquel surviennent les incendies aggrave encore la situation, car de nombreuses entreprises réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires annuel durant les mois d’été de juillet et août. Ce qui est perdu pendant cette période ne peut guère être compensé par la suite.
Dans le même temps, les responsables régionaux s’efforcent d’apporter des nuances. Ils soulignent que toute la Gironde n’est en aucun cas touchée. De nombreuses zones viticoles, localités côtières et destinations touristiques continuent de fonctionner normalement. Une perception globale du département comme zone sinistrée pourrait donc également nuire à des entreprises situées loin des foyers d’incendie.
L’agriculture lutte contre la fumée et l’incertitude
L’agriculture est également confrontée à des défis considérables. La fumée et les cendres peuvent affecter les champs de légumes, les vergers et les vignobles. Selon le niveau d’exposition, des baisses de qualité ou des restrictions de commercialisation sont à craindre. Parallèlement, les fermetures de routes et les évacuations compliquent les récoltes ainsi que le transport des produits agricoles.
Les éleveurs ont parfois dû mettre leurs animaux à l’abri ou abandonner leurs pâturages. Les systèmes d’irrigation et les infrastructures agricoles ne sont utilisables que de manière limitée dans certaines zones. Il n’est pas encore possible d’évaluer définitivement les effets à long terme des incendies sur les rendements et la qualité des sols.
Des conséquences sur plusieurs décennies pour la sylviculture
Les dégâts sont encore plus graves pour la sylviculture. Selon les estimations actuelles, plus de 42 000 hectares de forêt ont été touchés par les flammes. Les vastes forêts de pins des Landes de Gascogne, qui comptent parmi les plus grandes forêts de production d’un seul tenant en Europe, sont particulièrement affectées.
Avec les peuplements brûlés, les propriétaires forestiers et les communes perdent non seulement de précieuses réserves de bois, mais aussi des sources de revenus à long terme. Il faut souvent plusieurs décennies avant que les pins nouvellement plantés puissent être exploités économiquement. Les conséquences vont donc bien au-delà de la catastrophe immédiate et continueront d’occuper la filière forestière régionale pendant des générations.
L’aide de l’État doit prévenir les faillites
Le gouvernement français a annoncé de premières mesures de soutien. Les entreprises devraient notamment pouvoir recourir aux dispositifs d’activité partielle afin de conserver leurs salariés malgré les interruptions d’activité. En outre, des aides destinées aux entreprises touchées ainsi que des simplifications des procédures d’assurance et d’indemnisation sont en préparation.
Il est encore impossible de prévoir l’ampleur finale des dégâts économiques. Il est toutefois déjà clair aujourd’hui que les conséquences des incendies de forêt vont bien au-delà des surfaces boisées détruites. Même lorsque les derniers feux seront éteints, de nombreuses entreprises devront encore longtemps faire face aux conséquences économiques. Pour un grand nombre d’établissements, les prochaines semaines détermineront s’ils surmontent la crise ou disparaissent durablement du marché.
Par Andreas M. Brucker