A l’extrême ouest de la France, la terre ne s’arrête pas simplement. Elle se dissout en falaises escarpées, petites îles et étroites langues de roche contre lesquelles l’Atlantique vient inlassablement se briser. Au-dessus de ce paysage côtier sauvage s’élèvent les phares du Finistère. Depuis des générations, ils indiquent aux marins la route sûre à travers des eaux périlleuses. Aujourd’hui, ils composent l’un des itinéraires les plus impressionnants de Bretagne, un parcours riche en histoire, en nature et en atmosphère maritime.
La “Route des Phares” longe la côte nord-ouest, de la Côte des Légendes au Pays des Abers, jusqu’à la mer d’Iroise, puis vers la rade de Brest et enfin la presqu’île de Crozon. Sur environ 200 kilomètres, les voyageurs rencontrent quelque 20 phares. Rares sont les régions côtières d’Europe qui réunissent autant de ces sentinelles de pierre dans un espace aussi restreint.
Dès le phare de Pontusval, à Plounéour Brignogan Plages, on comprend pourquoi cet itinéraire jouit d’une réputation légendaire. L’édifice blanc et sa lanterne rouge paraissent presque délicats entre les imposants blocs de granit. Sous le soleil, la côte semble paisible et presque rêveuse. Mais lorsqu’une tempête de l’Atlantique se lève, ce même paysage se transforme en un spectacle saisissant de vent, d’embruns et de vagues déchaînées. Quiconque a vu la mer se dresser ici contre les rochers n’oublie pas de sitôt cette vision.
Plus à l’ouest commence le Pays des Abers. De profonds bras de mer pénètrent loin dans les terres et donnent à la région son caractère incomparable. De petits ports de pêche se blottissent contre les rives, les bateaux reposent sur le fond sablonneux à marée basse, tandis que le goémon et les algues recouvrent les rochers. Le sel flotte dans l’air, les mouettes tournent au-dessus de l’eau et la mer rythme la vie quotidienne. N’est-ce pas là précisément la Bretagne telle que beaucoup se l’imaginent ?
L’un des moments les plus marquants attend les visiteurs au large de Plouguerneau. Le phare de l’Île Vierge s’élève sur une petite île. Avec ses 82,5 mètres, il est considéré comme le plus haut phare en pierre d’Europe. Près de 400 marches mènent à la plateforme d’observation. L’ascension en vaut doublement la peine, car l’intérieur surprend avec ses milliers de plaques de verre opalin scintillantes, qui baignent l’escalier d’une douce lumière. Au sommet s’ouvre une vaste vue sur la mer, les îles au large et le littoral déchiqueté.
Tous les phares ne se dressent pas en sécurité sur la terre ferme. Certains défient les éléments sur de minuscules rochers au milieu de l’Atlantique. Le Phare du Four compte parmi les plus connus. Par forte houle, la tour semble surgir directement des vagues. Sa construction exigea autrefois un immense courage de la part des ouvriers. Le matériel et les équipes ne pouvaient souvent atteindre le rocher que durant de brèves fenêtres météo, chaque traversée comportant des risques.
Autre joyau de l’itinéraire, le phare restauré de Kermorvan, près du Conquet. Il se dresse à l’extrémité d’une étroite langue de terre et surveille, avec d’autres feux de signalisation, l’entrée du port. D’ici, le regard porte loin sur la mer d’Iroise. L’atmosphère change presque d’heure en heure, selon le jeu des nuages, de la lumière et des marées.
La pointe Saint-Mathieu offre un spectacle particulièrement impressionnant. Le phare rouge et blanc s’y élève juste à côté des ruines d’une abbaye médiévale. Le passé et le présent s’y fondent d’une manière unique. Tout près, un monument rappelle les marins qui ont perdu la vie en mer. Ce lieu émeut, silencieux, digne et chargé d’histoire.
La route des phares se parcourt aisément en voiture. Les visiteurs découvrent toutefois le paysage de façon encore plus intense à pied, sur le célèbre sentier côtier GR 34, ou à vélo le long de la côte. De petites criques, des plages isolées et des points de vue paisibles invitent sans cesse à faire une pause. Pourquoi se presser, alors que c’est justement la lenteur qui fait le charme particulier de cet itinéraire ?
La Route des Phares offre bien davantage que de beaux motifs photographiques. Elle raconte des naufrages et des sauvetages, le travail difficile des gardiens de phare et les hommes et les femmes qui abordaient la mer avec respect. Les feux fonctionnent aujourd’hui de manière entièrement automatisée, mais leur aura demeure intacte. Ils ne guident pas seulement les navires en sécurité à travers la nuit, ils conduisent aussi les voyageurs vers une Bretagne où le vent, les vagues et les horizons donnent le rythme de la vie.
Un article de M. Legrand