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Nachrichten.fr · July 20, 2026

La loi d’urgence agricole revient au Parlement avec des dérogations controversées sur les pesticides

Paris – 20.07.2026 : L’Assemblée nationale française examine lundi soir à 21 h 30 le compromis sur la loi relative à la protection et à la souveraineté de l’agriculture. L’accord a été trouvé le 16 juillet en commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs. Si la chambre l’approuve, le Sénat examinera le même texte le mardi 21 juillet. Seule l’approbation des deux chambres mettrait fin à la procédure parlementaire.

La controverse se concentre sur l’article 2 quater. Il ne prévoit pas une réautorisation générale, mais ouvre des dérogations strictement encadrées aux interdictions françaises concernant les produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives acétamipride et flupyradifurone. Pour le flupyradifurone, des dérogations pourraient être accordées pour le traitement des semences de betteraves sucrières ainsi que pour l’application par pulvérisation dans les cultures de pommes et de cerises. L’acétamipride serait exclusivement destiné à la culture de noisettes.

Le mécanisme institutionnel prévu est déterminant. Ce ne serait pas le ministre de l’Agriculture lui-même, mais l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, qui devrait décider d’une dérogation dans un délai de deux mois après sa saisine par le ministre. L’agence devrait alors vérifier si les conditions légales sont réunies. L’objectif est de lier davantage la décision à une évaluation scientifique et à l’absence démontrée d’alternatives.

Les deux substances font partie du cadre juridique français applicable aux substances actives dont le mode d’action est comparable à celui des néonicotinoïdes. L’acétamipride ne peut plus être utilisé en France pour protéger les cultures depuis 2018. Dans d’autres Etats membres de l’UE, des usages autorisés existent en revanche pour l’acétamipride ou le flupyradifurone, notamment dans des cultures touchées par les pucerons, les punaises ou les coléoptères. Cette différence réglementaire constitue un argument central des partisans du texte.

Le gouvernement et les organisations agricoles invoquent les risques pour les rendements, la préservation de certaines filières de production et les désavantages concurrentiels face aux concurrents européens. Le projet de loi va toutefois bien au-delà des produits phytopharmaceutiques : il comporte des dispositions sur l’accès à l’eau, la protection des terres, les relations commerciales et la protection des animaux d’élevage contre les prédateurs. Selon le Sénat, le projet initial avait été déposé avec 23 articles ; les débats dans les deux chambres l’ont considérablement élargi.

Des critiques issues des milieux environnementaux, sanitaires et de l’opposition considèrent que ces dérogations affaiblissent le principe de précaution. Lors des débats en commission mixte paritaire, la députée Aurelie Trouve a évoqué l’opposition d’organisations médicales et de sociétés savantes à la réutilisation des deux substances actives. La décision du jour ne constitue donc pas seulement un choix de politique agricole, mais aussi un test de la capacité du Parlement à équilibrer institutionnellement la compétitivité agricole et la prévention des risques sanitaires et écologiques.

Sources

  • Sénat : dossier législatif sur la loi d’urgence agricole
  • Assemblée nationale : dossier législatif et rapport de commission
  • Legifrance : réglementation en vigueur relative aux substances actives
  • Sénat : réponse du gouvernement sur la réglementation française concernant l’acétamipride