Paris – 09.08.2026 : enquêter sur la criminalité organisée en France peut faire de vous une cible. Clémence Girard, directrice du service compétent au parquet de Paris, met en garde contre la sous-estimation des menaces visant les procureurs et les autres membres de la justice. Le danger n’a rien d’imaginaire : plusieurs collègues ont déjà été menacés, et certains ont dû bénéficier d’une protection rapprochée.
Girard s’est exprimée dans une interview accordée au Monde, dont Franceinfo a rendu compte dimanche. Son avertissement concerne les procédures contre des réseaux criminels dont les activités vont du trafic de drogue et du blanchiment d’argent à de graves actes de violence. Les tentatives d’intimidation visent les personnes qui mènent les enquêtes. Elles peuvent également toucher leurs familles et leur entourage privé, alourdissant ainsi considérablement le travail de la justice.
Aucun cas récent concret ni aucun nom de personne concernée n’ont été cités dans le reportage. Il n’existe pas non plus d’informations publiques sur les auteurs présumés, les enquêtes en cours, ni sur la nature et l’ampleur des mesures de protection respectives. Ces déclarations décrivent donc une situation générale de menace, et non un acte imminent contre une personne précise. La référence de Girard à des protections déjà ordonnées montre toutefois que les autorités considèrent certains avertissements comme sérieux.
La France a récemment réorganisé ses structures judiciaires dans la lutte contre les réseaux criminels. Depuis janvier 2026, le Parquet national anticriminalité organisée, PNACO, est en activité à Paris. Il doit centraliser les procédures particulièrement complexes, interrégionales et transfrontalières. Le parquet de Paris continue parallèlement de traiter de nombreux dossiers relevant de ce domaine. Des procureurs spécialisés coopèrent avec la police, la gendarmerie, les douanes et les enquêteurs financiers.
L’ampleur des risques au-delà de la justice ressort d’informations parlementaires publiées au printemps. Il a été indiqué au Sénat qu’en 2025, une menace liée à la criminalité organisée avait été évaluée pour 63 personnes. Pour 2026, les services compétents prévoyaient une nette hausse. Ce chiffre ne concernait pas exclusivement les magistrats, mais un cercle plus large de personnes particulièrement exposées dans le cadre de leur profession.
Pour les tribunaux et les parquets, cette situation de menace touche à leur indépendance institutionnelle. Les mesures de protection doivent empêcher que l’intimidation n’influe sur le déroulement des enquêtes, ne modifie de fait les compétences ou ne pousse des agents à se retirer de procédures particulièrement éprouvantes. Outre la protection rapprochée immédiate, cela implique également une gestion prudente des données privées et des informations professionnelles. L’avertissement de Girard désigne ainsi une obligation de protection de l’Etat : les membres de la justice doivent pouvoir mener des procédures contre de puissantes structures criminelles sans que les menaces ne dictent leurs décisions.
Sources
- Franceinfo
- Le Monde
- Tribunal judiciaire de Paris
- Sénat
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