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Nachrichten.fr · June 5, 2026

Marjane Satrapi : La femme qui a donné un visage à l’Iran

Avec Marjane Satrapi, la France perd l’une des voix culturelles les plus marquantes des dernières décennies. L’auteure, dessinatrice et réalisatrice est décédée à l’âge de 56 ans à Paris. Son nom reste indissociablement lié à une œuvre qui a eu un impact bien au-delà des frontières de la littérature : Persepolis.

Née en 1969 à Téhéran, Satrapi a vécu enfant la Révolution islamique de 1979 ainsi que les bouleversements qui ont profondément transformé le pays. Alors que beaucoup percevaient l’Iran surtout à travers des titres politiques, elle connaissait les histoires derrière les nouvelles. C’est précisément de cela qu’elle a puisé plus tard la force de son œuvre la plus marquante.

Avec Persepolis, elle a accompli quelque chose d’exceptionnel.

À travers d’impressionnants dessins en noir et blanc, elle a raconté son enfance à Téhéran, la vie sous un régime de plus en plus répressif, sa jeunesse en exil en Autriche et sa difficile quête d’une identité propre entre deux mondes. L’œuvre est devenue un best-seller international, traduit en de nombreuses langues.

Le succès ne reposait pas sur de grandes analyses politiques. Satrapi décrivait le quotidien. Fêtes familiales, musique, premiers amours, disputes avec les parents et rébellion adolescente côtoyaient la guerre, la peur et la répression. C’est justement ce mélange qui donnait à son œuvre une crédibilité particulière. Les lecteurs ne rencontraient pas un État abstrait, mais des êtres humains de chair et de sang.

Beaucoup ont ainsi découvert pour la première fois un Iran existant bien au-delà des clichés et des préjugés.

En 2007, son histoire a touché un public encore plus large. L’adaptation cinématographique de Persepolis, dont elle a co-réalisé le film, a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes et a ensuite été nominée aux Oscars. Soudain, Satrapi n’était plus seulement une auteure célébrée, mais aussi une voix internationalement reconnue de la diaspora iranienne.

Mais elle ne s’est jamais laissée réduire à une seule œuvre.

Dans ses livres et films ultérieurs, elle s’est à plusieurs reprises penchée sur la mémoire, la patrie et la liberté personnelle. Ses personnages recherchaient une orientation dans un monde plein de contradictions — un thème qu’elle connaissait elle-même par expérience. Elle abordait avec une étonnante franchise le déracinement, l’identité culturelle et les défis de l’exil.

Parallèlement, elle est restée politiquement engagée. Satrapi a vivement critiqué les dirigeants de Téhéran et s’est investie pendant des années pour les droits démocratiques et surtout pour la liberté des femmes. Après les manifestations liées à la mort de Mahsa Amini, elle a soutenu le mouvement « Femme, Vie, Liberté » et contribué à rendre ses revendications visibles à l’international.

Il était remarquable de voir sa capacité à allier critique et attachement. Elle condamnait le régime sans réduire l’Iran à sa seule direction politique. Pour elle, le pays de son enfance demeurait une patrie — malgré toute la distance et les déceptions. Cette tension parcourt comme un fil rouge l’ensemble de son œuvre.

Elle s’est également fait entendre en France. En tant qu’intellectuelle indépendante, elle ne craignait pas les controverses et défendait avec force ses convictions. Même les distinctions officielles, considérées comme contraires à ses principes, étaient vues de façon critique.

Marjane Satrapi laisse derrière elle bien plus que des livres et des films. Elle laisse un regard sur le monde qui place les personnes avant les idéologies. Ses histoires rappelaient que derrière chaque crise politique se cachent des destins individuels. C’est précisément là que réside la signification durable de son œuvre. Persepolis reste non seulement un succès littéraire, mais aussi une fenêtre sur une société que Satrapi a rendu visible avec courage, chaleur et une grande force narrative.


Le tournoi de Roland-Garros le plus fou depuis des décennies

Ces jours-ci, ceux qui regardent le tableau d’affichage des Internationaux de France se frottent les yeux, étonnés. Les plus grands noms du tennis ont disparu. Les favoris trébuchent, les prétendants au titre sont éliminés prématurément et soudain, des joueuses et joueurs se battent pour le titre que peu de gens avaient envisagé il y a quelques semaines.

Roland-Garros vit l’un des tournois surprises les plus spectaculaires des dernières décennies.

Habituellement, le monde du tennis suit une hiérarchie claire. Chez les hommes, quelques athlètes d’exception dominent les tournois du Grand Chelem depuis des années. Jannik Sinner et Carlos Alcaraz étaient considérés comme les figures marquantes d’une nouvelle génération, tandis que Novak Djokovic, à 39 ans, reste encore dans le top mondial. Les surprises arrivent certes, mais rarement elles secouent tout le champ des participants.

À Paris, cette fois, tout se passe différemment.

Alcaraz a manqué le tournoi pour blessure dès avant le début. Peu après est arrivé le premier grand choc. Sinner, arrivé avec une série impressionnante de victoires, était à quelques points seulement de passer au tour suivant. Mais la chaleur sur le court l’a visiblement affecté. Cramps et épuisement se sont fait sentir, puis son jeu s’est effondré. L’Argentin Juan Manuel Cerúndolo a saisi l’occasion et a battu le numéro un mondial en cinq sets.

C’est alors qu’une réaction en chaîne a commencé.

Novak Djokovic a aussi dû abandonner de manière inattendue. Le Serbe a gâché une avance confortable et s’est incliné face au jeune talent brésilien Joao Fonseca. Dès lors, il ne restait plus qu’un seul joueur tête de série encore en lice : Alexander Zverev. Lui aussi attend toujours son premier titre du Grand Chelem.

Chez les femmes, le tournoi fut tout aussi tumultueux. La multiple gagnante de Roland-Garros Iga Swiatek a quitté la compétition rapidement. La tenante du titre, Coco Gauff, n’a pas non plus réussi à répondre aux attentes. Les espoirs des favorites se sont finalement concentrés sur Aryna Sabalenka.

Mais elle aussi a trébuché.

Après un début prometteur, la numéro un mondiale a complètement perdu le fil. La Russe Diana Shnaider a renversé le match de manière spectaculaire et créé la surprise. Peu après, le conte de fées a continué quand Shnaider a elle-même été éliminée en demi-finale.

Au centre de l’attention est alors arrivée la Polonaise Maja Chwalinska. En outsider, elle s’est hissée jusqu’en finale et a ainsi écrit l’histoire du tennis. En finale, elle affrontera la Russe Mirra Andreeva.

Le tournoi présente deux visages aux spectateurs. D’un côté, les retournements inattendus apportent suspense et drame. De l’autre, les stars habituellement garantes des plus grands moments d’un Grand Chelem sont absentes.

Les causes des nombreuses surprises sont variées. La forte chaleur, le vent soutenu et une liste inhabituellement longue de joueurs de haut niveau blessés ont beaucoup influencé le déroulement du tournoi. Parallèlement, de jeunes talents plein de confiance poussent sur la grande scène.

Peut-être y a-t-il cependant une autre explication.

Dans le sport de haut niveau, les surprises se propagent parfois comme des dominos. Quand un favori tombe, la foi en sa propre chance grandit chez les outsiders. Soudain, l’impossible paraît accessible.

L’ancien tennisman Roger Federer avait décrit cette réalité avec une simplicité remarquable. Bien qu’il ait gagné environ 80 % de ses matchs, il n’a emporté qu’un peu plus de la moitié des points joués. Succès et défaite sont souvent plus proches dans le tennis que ne le laissent penser les résultats.

C’est exactement ce que montre de manière éclatante Roland-Garros 2026. Même les plus grands favoris ne sont pas invincibles. Et parfois, un seul mauvais jour suffit à bouleverser complètement l’ordre établi d’un sport.


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Christine Macha