Bruxelles – 14.07.2026 : La Commission européenne exige des modifications d’un projet de loi français visant à interdire aux mineurs de moins de 15 ans l’accès à certains réseaux sociaux. Selon l’évaluation de Bruxelles, le projet actuel n’est pas entièrement compatible avec le droit numérique européen. L’objectif fondamental d’une meilleure protection des enfants et des adolescents sur Internet n’est toutefois pas remis en cause.
La critique porte principalement sur le rôle prévu pour l’autorité française de régulation Arcom. Dans sa version précédente, celle-ci devait surveiller le respect de l’interdiction et signaler d’éventuelles infractions commises par les plateformes à la Commission européenne ou aux autorités compétentes de l’État où elles sont établies. Bruxelles y voit un chevauchement avec les compétences définies au niveau européen par le Digital Services Act.
Les règles de l’UE prévoient en principe que les grandes plateformes en ligne soient principalement supervisées par les autorités du pays dans lequel elles sont établies au sein de l’Union européenne. La France ne peut donc pas instaurer sans autre formalité des obligations supplémentaires ou des mécanismes d’application à l’égard de plateformes dont l’établissement européen se situe dans un autre État membre. La réglementation française doit être adaptée afin de respecter cette répartition des compétences.
Le projet de loi continue de viser à limiter l’accès aux réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans. Il prévoit une liste de services qui pourraient être concernés en raison des risques éventuels qu’ils présentent pour le développement physique, psychique ou moral des enfants et des adolescents. Cette liste doit être fixée par décret du ministre chargé du numérique, après avis de l’Arcom, puis actualisée si nécessaire.
Le Parlement français s’était déjà penché sur plusieurs versions du texte. L’Assemblée nationale a approuvé le projet en première lecture en janvier 2026, tandis que le Sénat a modifié le texte en mars 2026. À la suite des dernières observations de Bruxelles, le projet de loi doit de nouveau faire l’objet d’une révision juridique avant que la procédure parlementaire puisse être achevée.
Le Sénat a déclaré le 8 juillet 2026 que la Commission avait donné son feu vert à une version révisée du mécanisme. Cette version distingue plus clairement la décision politique concernant une liste de réseaux concernés de la supervision des plateformes. L’Arcom devrait ainsi constater les infractions et les transmettre aux instances ou autorités compétentes au niveau de l’UE, plutôt que d’exercer elle-même des pouvoirs européens d’application.
Le projet n’a donc pas définitivement échoué, mais sa conception initiale ne peut pas être maintenue sans modification. La question décisive sera désormais de savoir si l’Assemblée nationale et le Sénat adopteront une version conciliant la protection des mineurs avec les exigences du Digital Services Act européen. Ce n’est qu’ensuite qu’il sera possible de déterminer quels services seraient concrètement concernés et à partir de quand une limite d’âge pourrait s’appliquer.
Sources
- Commission européenne – Notification TRIS relative au projet de loi français
- Sénat français – Communication du 08.07.2026
- Assemblée nationale française – Dossier législatif
- Ministère français de l’Économie – Régulation de l’espace numérique